fr en

La culture visuelle comme super-pouvoir : retour sur la conférence de l’ECV Bordeaux

Comment les références, les images et les imaginaires participent-ils à la construction du sens en direction artistique ?

C’est la question qui a animé la conférence organisée par l’ECV Bordeaux le jeudi 24 septembre, à l’occasion de la France Design Week 2026. Réunissant une quarantaine de participants (étudiants, alumni et professionnels) cette rencontre a proposé une réflexion sur la culture visuelle, l’inspiration et le rôle du regard dans les métiers de la création.

La culture visuelle : une source essentielle pour les créatifs

Dans un environnement où les images occupent une place centrale, développer sa culture visuelle constitue un véritable atout pour les designers graphiques et les directeurs artistiques. Mais au-delà de l’accumulation de références, comment apprendre à observer, à interpréter et à transformer ce que l’on voit en une intention créative ?

C’est autour de cette réflexion que la conférence « La culture visuelle comme super-pouvoir : construire du sens à l’image » a réuni deux professionnels du design et de la direction artistique : Élodie Houyelle, directrice artistique et designer graphique, et Nicolas Billaud, directeur artistique et designer graphique.

FDW france design week ecv bordeaux

Organisée dans l’amphithéâtre de 200 places de l’ECV Bordeaux, au 26 rue Raze, cette rencontre s’inscrivait dans la programmation de la France Design Week 2026, placée sous le thème « D comme Design, D comme Défi ». Dans le quartier des Chartrons, un secteur bordelais marqué par une vie créative et culturelle dynamique, la soirée associait échanges professionnels et découverte des projets de fin d’études des étudiants en design.

Des images qui racontent bien plus que ce qu’elles montrent

Pour introduire la réflexion, Emmanuelle Lautissier, animatrice de la conférence et Responsable Communication de l’ECV Bordeaux, a invité le public à s’interroger sur ce que nous percevons face à une image. À partir d’une photographie de Gregory Crewdson, la discussion a mis en évidence la capacité d’une œuvre visuelle à provoquer des émotions, des interprétations et des imaginaires qui dépassent ce qui est littéralement représenté.

FDW france design week ecv bordeaux

Une image ne se limite donc pas à transmettre une information. Elle peut suggérer une atmosphère, faire naître une histoire ou convoquer des souvenirs personnels. Cette dimension constitue l’un des fondements du travail en direction artistique : créer des images capables de produire du sens et de susciter une réaction chez celui ou celle qui les regarde.

La conférence a également exploré les différentes sources d’inspiration qui nourrissent la création. Du cinéma, avec l’univers de Wes Anderson et notamment The Grand Budapest Hotel (2014), à la photographie, à l’architecture et aux arts plastiques, les références peuvent se croiser, se répondre et ouvrir de nouvelles pistes de recherche.

De la référence à l’intention créative

Comment une référence devient-elle un projet ? Comment passer d’une image appréciée à une véritable intention artistique ? Ces questions ont donné lieu à des échanges sur le processus de création et sur la manière dont les designers construisent progressivement leur univers visuel.

Plusieurs œuvres ont servi de points de départ à la réflexion, notamment une peinture d’Edward Hopper, une photographie de Cindy Sherman, le film Whiplash de Damien Chazelle et le Teshima Art Museum, conçu par l’architecte Ryue Nishizawa avec l’artiste Rei Naito. Des univers très différents, mais qui peuvent tous susciter des associations d’idées autour de l’ambition, de l’introspection, du dépassement de soi ou encore de l’ouverture à de nouvelles possibilités.

FDW france design week ecv bordeaux

L’enjeu, pour un directeur artistique, n’est pas simplement de reproduire une référence. Il consiste à comprendre ce qu’elle provoque, ce qu’elle raconte et ce qu’elle peut apporter à un projet. Une culture visuelle riche permet ainsi de développer des connexions originales, de nourrir une démarche personnelle et de défendre des choix créatifs auprès d’un client ou d’une équipe.

Quand les références deviennent des projets concrets

Les parcours et les réalisations des deux intervenants ont permis d’illustrer cette démarche à travers des projets professionnels :

  • Élodie Houyelle a notamment présenté le projet T-REX pour Cap Sciences, une réalisation globale associant communication et scénographie. La construction de son univers visuel s’appuie sur des références variées : anciennes gravures, codes des maisons de luxe, mobilier et éléments décoratifs. Ces influences sont ensuite combinées, détournées et transformées afin de créer une identité cohérente au service d’une expérience.
  • Nicolas Billaud a, quant à lui, évoqué des projets de mise en lumière du patrimoine bordelais, notamment les illuminations du Grand Théâtre et un mapping sur une église de la place Pey-Berland, réalisés avec LimeLight. Ces expériences illustrent la manière dont la direction artistique peut faire dialoguer histoire, architecture et technologies contemporaines.

 

FDW france design week ecv bordeaux

À travers ces exemples, les participants ont pu mesurer l’importance d’une approche ouverte de la création : observer les univers qui nous entourent, élargir ses références et apprendre à les mobiliser pour répondre à un contexte, une intention ou une problématique précise.

La créativité à l’heure de l’intelligence artificielle

La place de l’intelligence artificielle dans les métiers créatifs a également été abordée au cours de la conférence. Si ces nouveaux outils ouvrent des possibilités de production et d’expérimentation, ils interrogent aussi la place du regard humain dans le processus de création.

Pour les intervenants, l’intelligence artificielle peut constituer un outil supplémentaire au service de la démarche créative, mais elle ne remplace pas la capacité à observer, à développer une sensibilité et à construire une intention. Dans un contexte où la production d’images devient de plus en plus accessible, savoir regarder, sélectionner et donner du sens aux références apparaît comme une compétence essentielle pour les futurs professionnels de la création.

Cette réflexion fait écho aux enjeux de la formation en direction artistique : maîtriser les outils, mais aussi comprendre les images, développer son esprit critique et apprendre à faire des choix cohérents et argumentés.

À l’ECV Bordeaux, développer le regard et construire son identité créative

À travers cette conférence, l’école de création visuelle bordelaise réaffirme l’importance des rencontres entre étudiants, professionnels et diplômés. Les échanges avec des intervenants issus du monde de la création permettent aux étudiants de découvrir des parcours, de comprendre les réalités des métiers et de confronter leurs réflexions à des expériences professionnelles concrètes.

L’apprentissage de la direction artistique ne repose pas uniquement sur la maîtrise des techniques graphiques ou des logiciels : il s’appuie également sur le développement d’une culture visuelle, la recherche, l’expérimentation et la capacité à présenter et défendre une intention. À l’ECV Bordeaux, grande école de design de la région Aquitaine, les projets, les workshops, les conférences et les rencontres avec les professionnels participent à cet accompagnement pédagogique et à la construction progressive du projet professionnel de chaque étudiant.

FDW france design week ecv bordeaux

La culture visuelle n’est pas seulement une collection de références : c’est une manière de penser, de créer et de donner du sens.

Pour celles et ceux qui souhaitent s’orienter vers le design graphique, la direction artistique ou les métiers de la création visuelle, cultiver son regard représente une étape fondamentale.

Car avant de créer une image, il faut apprendre à la regarder, à la comprendre et à imaginer tout ce qu’elle peut devenir.

 

Ça peut vous intéresser

Filtrer par

Partager sur