19 juin 2020

Qu’est-ce que le storyboard ?

Lors de leurs études à l’ECV Animation, les étudiants sont amenés à se confronter à l’ensemble des étapes de production d’un court-métrage d’animation : du storyboard au montage.
Mais c’est quoi exactement un storyboard ? Nos intervenants vous répondent.

Patrick Apperé intervient à l’ECV depuis plus de 20 ans. Storyboarder & roughman freelance, il travaille principalement pour des agences de communication & d’événementiels, des agences d’architecture intérieur, des paysagistes, des stylistes mais également pour la télévision et le cinéma.

François Rosso est storyboarder et réalisateur sur diverses productions pour le cinéma, la télévision ou le web (films, séries, clips, etc). Il a notamment travaillé pour Gaumont, Xilam, Ubisoft, Millimages, Scorpio music ou Method films sur des projets comme « les Zinzins de l’espace », « Oggy et les cafards » ou encore « les lapins crétins ».

Le story board c’est quoi concrètement ?

« C’est ce qu’on appelle la mise en scène. En règle générale, ce travail se divise en deux moitiés à part égale : une partie essentiellement technique et l’autre plus artistique. »

PA : Le story-board est une suite de dessin qui a pour but de décrire les intentions du réalisateur (ou du dessinateur de bande-dessinée) au niveau des cadrages, des angles de vues, du rythme et de l’action du film (publicitaire, série, animation, court ou long métrage).

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FR : C’est, en résumé, la notice technique nécessaire au reste de la chaîne de fabrication. C’est donc quelque chose qui se fait très en amont, dans une phase qu’on appelle la pré-production. Il faut être clair et précis, car on y donne toutes les indications de travail à tous les postes qui suivent cette étape. Chaque élément de la chaîne se réfère au storyboard : animateur, décorateur noir et blanc, décorateur couleur, jusqu’aux phases finales comme le compositing et le montage. On n’a pas tellement le droit à l’erreur.

PA : Son apprentissage demande une bonne compréhension de la composition de l’image, du cadrage et des angles de vues, du jeu d’acteur et du rythme de narration et bien sûr du cinéma (et par extension à la bande-dessinée) pour le montage et l’assemblage de l’ensemble. Des bonnes capacités en dessin sont également indispensables afin de pouvoir retranscrire un texte ou une idée en image.

FR : C’est ce qu’on appelle la mise en scène. En règle générale, ce travail se divise en deux moitiés à part égale : une partie essentiellement technique et l’autre plus artistique. Un « tuto » ou une formation technique ne suffit pas ; de bonnes notions de mises en scène seules non plus. Il est également essentiel de connaître parfaitement la chaîne de production ainsi que tous les postes qui la composent.

Quand on est storyboardeur, avec quoi et avec qui travaille-t-on ?

FR : Jusqu’à une certaine époque, tous les storyboards se faisaient sur papier et au crayon. Aujourd’hui, à quelques rares exceptions près, toutes les productions sont passées au storyboard numérique et principalement sur Toon Boom Storyboard Pro.
Le storyboarder travaille en étroite collaboration avec les réalisateurs ou le chef storyboarder (si le réalisateur délègue la supervision et les corrections des storyboards). Le travail se passe en deux étapes : le pré-découpage qui est un premier jet assez succinct au niveau graphique, puis après une vague de corrections et de modifications éventuelles, on passe au clean, c’est-à-dire une version plus aboutie graphiquement, plus claire et plus précise.

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Qu’est ce qui vous a poussé à vous intéresser au storyboard ?

PA : J’ai commencé à m’y intéresser à l’adolescence, en lisant beaucoup de BD et de comics et en pratiquant le dessin. J’ai eu la chance de vivre et de grandir avec la télévision et le cinéma des années 70/80 et 90 où nous pouvions voir des classiques en noir et blanc qui ont posé les bases du cinéma actuel, les premières comédies, le western spaghetti, puis les débuts des slashers et des films d’action made in Hong-Kong, (sans oublier les mangas du Club Dorothée). Beaucoup de jeunes réalisateurs de mon adolescence sont devenus des monstres sacrés et des références du cinéma actuel et ont motivé mon intérêt pour cet art, tout comme les dessinateurs de comics pour les États Unis ou de Métal Hurlant pour l’Europe.

Comment se caractérise l’enseignement du storyboard à l’ECV ?

« Un des gros avantages de l’école est, selon moi, de suivre et respecter les différentes étapes de fabrication d’un film dans l’ordre chronologique »

PA : J’initie les étudiants en Prépa Animation & Game aux bases du storyboard, à savoir : les valeurs de cadres, les angles de prise de vue, les mouvements de caméra et comment les utiliser de façon narrative. J’aborde aussi différentes notions techniques, la préparation du storyboard qui passe par une note d’intention, un moodboard, un shooting script, un color script et autres. Selon moi, le plus important, c’est que les étudiants comprennent que ce n’est pas ce que l’on raconte, mais comment on va le raconter, qui va faire la différence, et tenir ou non le spectateur en haleine….

FR : La principale caractéristique de l’école est de toujours pratiquer le storyboard dans le cadre d’une réalisation, ce qui permet de vérifier, par la fabrication d’un film si le travail de pré-production (dont le storyboard) a été correctement pensé et assimilé.
En troisième année de Bachelor Animation 2D/3D, les étudiants réalisent leur premier film d’animation. Le storyboard représente alors une phase de travail et de développement aussi lourde que incontournable. Un des gros avantages de l’école est, selon moi, de suivre et respecter les différentes étapes de fabrication d’un film dans l’ordre chronologique. Du point de vue du storyboard, cela signifie que chaque étudiant devra penser, prévoir et noter / dessiner tout ce qu’il devra accomplir en terme de fabrication dans les mois suivants.

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Pour découvrir le story board, qu’est ce que tu nous recommande ?

PA : Pour l’apprentissage, je pourrais conseiller :
« Le guide pratique du storyboard » de Olivier Saint-Vincent, Raphael Saint-Vincent et Rémi Jacquinot, édition « Scope »
« Techniques de Storyboards » de Wendy Tummiello, édition « Eyrolles »
« Les techniques narratives du cinéma (les 100 plus grands procédés que tout réalisateur doit connaître) », de J. Van Sijll, édition « Eyrolles »
« Setting up your shots (great camera moves every filmaker should know) » de Jeremy Vineyard, édition « Michael Wiese production »

FR : Je recommanderai surtout de se faire une véritable culture cinématographique, de se pencher sur ce qui se fait et a été fait à différentes époques et comme je l’ai déjà précisé, pas seulement dans l’animation ! En démarrant une formation de storyboard avec une bonne culture cinématographique et quelques références solides, on visualise mieux les scénarii et on développe plus facilement des talents de mise en scène ce qui est le plus difficile à obtenir. Le reste, même s’il est compliqué relève seulement de l’apprentissage technique.

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